
Retrouvez l’origine de Coulommes, son histoire et son pétrole.
L’histoire de Coulommes est riche et remonte à l’Antiquité, comme en témoigne le Chemin Paré, une ancienne voie romaine qui reliait le secteur. Le nom du village trouverait d’ailleurs son origine dans le latin columnae (colonnes).
Le village apparaît ensuite dans les écrits dès le XIIe siècle (notamment dans une charte de 1156 signée par Henri le Libéral, comte de Champagne et de Brie). Au cours des siècles, Coulommes a vu se succéder les Templiers, qui y possédaient des biens, et une ancienne maladrerie. Sous l’Ancien Régime, la viticulture y occupait une place majeure avant d’être anéantie par le phylloxéra à la fin du XIXe siècle.
Parmi les monuments incontournables du village, on peut citer :
- L’Église Saint-Laurent : Bâtiment remarquable au cœur du village, dont certaines parties du chœur et du transept datent du XIIIe siècle, et qui abrite de superbes décors intérieurs restaurés.
- L’ancienne maison forte (ferme) et son colombier : Un témoin de l’architecture rurale ancienne, inscrit aux Monuments Historiques.
➡️ Un passé surprenant : le pétrole briard
Bien que résolument agricole, Coulommes a connu une page industrielle unique en Île-de-France avec la découverte d’un gisement de pétrole en 1958 dans le dôme géologique local. Exploité durant de nombreuses décennies, ce gisement a produit des millions de tonnes d’hydrocarbures. Aujourd’hui, un exemplaire de foreuse à pétrole est d’ailleurs exposé près de la mairie en hommage à cette période insolite.

Retrouvez l’histoire de Coulommes racontée par un ancien habitant de Coulommes Monsieur Didier LEBEGUE qui était un vrai passionné de notre village. Nous le remercions pour ces écrits et ses fichiers multimédia.
➡️ Les premiers habitants de Coulommes
Pour le Moyen Age, rares sont les noms d’habitants de Coulommes parvenus jusqu’à nous. Les plus anciens que l’on puisse citer sont Goiam et Hildrici son époux, qui vivaient dans notre localité dans les années 1150, même s’ils n’en sont pas, à proprement parler, les premiers habitants.
A cette époque, Coulommes fait partie du comté de Champagne et de Brie, tenu en fief, notamment du roi de France, par Henri 1er, comte de Champagne, surnommé le Libéral. Coulommes dépend de sa châtellenie de Meaux.
C’est dans un acte de 1156, par lequel le comte Henri le Libéral, alors en son château de Meaux, donne des serfs aux chanoines de la cathédrale, qu’apparaît le nom de ces personnes.
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Goiam et Hildrici sont les noms de ces « coulommois » tels qu’ils sont mentionnés dans ce document. Toutefois, s’agissant d’un acte rédigé en latin, les noms propres eux-mêmes subissent des déclinaisons selon la fonction qu’ils occupent dans la phrase. Ainsi, certaine traduction donne Goia et Hilderic, tandis qu’une autre donne Hildric. De même, Columeriis, qui est le nom de la localité mentionné dans cet acte, est transcrit en Colums par un traducteur et par Columiers par un autre. Il faut noter que c’est dans cet acte de 1156 qu’est mentionnée notre localité pour la première fois dans l’histoire.
Si Goiam est bien une serve, ce n’est pas le comte lui-même qui la donne au Chapitre: il se contente d’approuver le don qu’en a fait précédemment Gauthier de Bernon, un de ses proches. Cet acte précise que Goiam est l’épouse de Hildrici de Columeriis, mais il n’est pas certain que celui-ci soit lui-même un serf. Le mariage entre serfs et non serfs est alors possible sous réserve du paiement d’une taxe, le formariage.
Qui est ce Gauthier de Bernon (cité comme Gauterus de Bernum dans cet acte) et quel rapport a-t-il avec Coulommes?
C’est un chevalier, seigneur de Bernon, aujourd’hui commune du département de l’Aube. C’est sans doute un familier de Thibaud II de Champagne (père d’Henri le Libéral), puisqu’il signe, en qualité de témoin, plusieurs actes du comte entre 1127 et 1154. Mais surtout, il est l’un des 6 témoins, avec notamment Guy, comte de Bar-sur-Seine et Henri, fils du comte Thibaud, lorsque ce dernier rend hommage féodal au duc de Bourgogne en 1143.
Pour avoir donné une serve de Coulommes aux chanoines de Meaux, peut-être Gauthier de Bernon a-t-il été en possession d’un fief à cet endroit. S’il n’intervient pas en personne à cet acte de 1156, c’est sans doute qu’il est décédé. Il n’est plus cité comme témoin des chartes comtales après 1154.
Didier Lebègue
➡️ Le Chemin Paré

Emprunté quotidiennement par la plupart des habitants de Coulommes et pourtant presque ignoré à force de familiarité, le Chemin Paré est, de loin, la plus ancienne structure construite par l’homme dans notre village … Bien plus ancien que la mairie-école (19° siècle), bien plus ancien que la grande ferme et sa tour-pigeonnier (18° siècle), bien plus ancien que l’église (13° siècle pour certaines parties), le Chemin Paré remonte … à l’antiquité.
Entendons nous bien ! Ici, quand il est question du Chemin Paré, cela ne se limite pas à la rue qui porte ce nom et qui, arrivant des champs du côté de Sancy, aboutit à la place de l’église (les habitants de Coulommes l’appellaient aussi rue ou chemin de Faremoutiers). Non, ce qui s’appelle aujourd’hui la Grande Rue, c’est encore le Chemin Paré ! Et la route qui sort du village pour filer à travers champs en direction de Quincy-Voisins sous le nom de Départementale 87, c’est toujours le Chemin Paré. Oui, tout cela remonte à l’antiquité. Evidemment, pas dans l’état où nous le connaissons maintenant, avec son revêtement de bitume, ses caniveaux et ses fossés, ses bordures de trottoir et ses panneaux de signalisation.
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Déjà, en 1829, Louis Michelin relève que «La commune de Coulomme ne possède aucun hameau, mais elle est traversée par un ancien chemin dit le Chemin Pâré: ce chemin, d’une largeur extraordinaire, pourroit avoir été fait par les Romains, lors de la conquête des Gaules par Jules César. On voit, en différents endroits, les vestiges d’un énorme blocage de pierres; ce chemin se fait connoître dans un rayon de 8 à 9 lieues».
Plus tard, on peut lire l’expression « voie romaine » dans un article de journal de 1854 mentionnant la découverte d’un cimetière sans doute gallo-romain à la sortie du village, puis sous la plume de Théophile Lhuillier en 1887, ainsi que dans la monographie communale écrite en 1889 par l’instituteur Cyprien Simon.
Aujourd’hui, si l’ancienneté de ce chemin ne fait plus débat, l’expression générique « voie romaine » mérite d’être précisée. Il y a tout lieu de penser que cette « voie romaine » est l’un des itinéraires du « réseau d’Agrippa ». Après la conquête romaine, Marcus Vispianus Agrippa, général et gendre de l’empereur Auguste, établit en Gaule un réseau de voies de circulation. Selon le géographe Strabon, «Agrippa a choisi Lugdunum (Lyon) pour en faire le point de départ des grands chemins de la Gaule, lesquels sont au nombre de quatre et aboutissent, le premier chez les Santons et en Aquitaine, le second au Rhin, le troisième à l’Océan et le quatrième dans la Narbonnaise et à la côte massaliotique». Celui qui nous intéresse est le troisième, qui conduit donc de Lyon (Lugdunum) vers la mer du Nord (l’Océan), et en particulier à Boulogne-sur-Mer, alors port d’embarquement pour les îles britanniques et leurs mines d’étain.
Pour Jean Mesqui, lorsqu’on évoque la Voie d’Agrippa, il ne faut pas la voir comme une voie unique, mais plutôt comme un réseau: «Durant les cinq siècles de l’Empire, ce premier réseau de base fut complété, de telle sorte qu’il est bien difficile de reconnaître des véritables «voies d’Agrippa» avec certitude. Quoi qu’il en soit, il faut surtout retenir l’existence d’un réseau primaire centré sur Lyon […]
La Champagne occidentale et la Brie ont été marquées par la traversée de l’un des quatre axes de base, celui qui conduit de Lyon à la Manche. L’on s’accorde à attribuer la distinction de voie d’Agrippa à l’une des voies qui assurent cette fonction, sans preuves bien manifestes d’ailleurs: il s’agit de la voie qui, de Lyon, passe à Chalon-sur-Saône, Langres, Châlons, Reims, Soissons, Noyon, Amiens, et qui aboutit à Boulogne-sur-Mer. Que cette assertion soit justifiée ou non, il n’en reste pas moins que cet itinéraire fut pourvu, au cours des temps, de nombreuses variantes que l’on distingue très bien sur les sources du III° siècle.
Toutes ces variantes ont un segment commun de Lyon à Chalon-sur-Saône. […] De Chalon se détache un [autre] itinéraire, qui gagne Autun, Avallon, Auxerre; ici, l’on peut rejoindre par Troyes et Châlons la voie principale, ou encore par Sens, Meaux, Beauvais et Amiens».
Notre « voie romaine » figure sur la Table de Peutinger. Il s’agit de la copie sur parchemin d’une carte représentant les routes et les villes principales de l’Empire romain. Etablie au 13° siècle, cette Table de Peutinger (du nom du opropriétaire de cette carte) reproduit vraisemblablement une carte du 3° siècle, gravée dans le marbre et placée sur le portique de Vispianus Agrippa à Rome. Sur cette Table de Peutinger, figurent les noms de Fixtuinum, nom antique de Meaux et de Calagum, nom antique de Chailly-en-Brie. Et entre les deux se trouve … Coulommes.
Ce qui nous intéresse ici, ce n’est pas la totalité de cette voie entre Lyon et Boulogne-sur-Mer, ni même entre Troyes (ou Sens) et Meaux. Nous nous contenterons de nous pencher sur son parcours dans la traversée de Coulommes, et de mentionner son trajet de part et d’autre de cette commune, d’un côté jusqu’à Pommeuse, où elle traverse le Grand Morin, et de l’autre jusqu’à Boutigny et Nanteuil-lès-Meaux.
Notre « voie romaine » arrive donc de Chailly-en-Brie. Elle a contourné Coulommiers, traversé le Grand Morin à Pommeuse, à l’époque, sans doute sur un pont (le nom antique de Pommeuse, Pons Mucra fait clairement référence à un pont), elle a traversé la départementale 934 (de Crécy à Coulommiers) au carrefour de Saint Blandin, elle a couru à travers champs en frôlant d’abord la ferme de Roise, puis celle de Montdenis (où se trouvait jadis un prieuré bénédictin), elle est passée à mi-distance de Sarcy et de Sancy avant d’entrer sur le territoire de Coulommes.
Après avoir traversé Coulommes par la Grande Rue, la voie se confond aujourd’hui avec la départementale n° 87, en direction de Quincy-Voisins. Ensuite, elle emprunte le tracé qui sert maintenant d’accès de service à l’autoroute A4 qui la coupe. Jusqu’au milieu du 19° siècle, elle traverse le ru du Mesnil par un gué, remplacé alors par le pont actuel, un peu en dessous du hameau de Ségy. Ensuite, elle emprunte le chemin agricole qui démarre sur la droite et passe à travers bois, à l’Ouest de Magny-St-Loup. Elle remonte sur le plateau, où elle porte alors le nom de Chemin des gens d’arme entre Mareuil et Nanteuil. Elle aboutit enfin à Meaux en traversant le faubourg du Marché.
Attestée à l’époque romaine, la voie qui traverse Coulommes sous le nom de Chemin Paré pourrait être antérieure à la conquête. Selon Jean Mesqui, «les ingénieurs romains ont la réputation d’avoir créé des voies dont la parfaire rectitude est une des caractéristiques principales». Concernant la voie Meaux-Troyes, qui nous intéresse, il remarque: «Si l’on se penche sur le détail de ce tracé, il est facile de constater que la prétendue règle des alignements droits est ici une pure fiction. Dans la première partie, de Meaux jusqu’au Morin, on rencontre des successions d’alignement et de courbes conférant un aspect régulier, en marches d’escalier, à la voie. […] Visiblement, le tracé de la voie Meaux-Troyes n’a donc fait que reprendre celui d’un chemin préexistant, que l’on s’est contenté d’empierrer, sans le modifier profondément, à l’époque gallo-romaine».
Pour qui a circulé sur le Chemin Paré de part et d’autre de Coulommes, soit en direction de Pommeuse, soit en direction de Nanteuil et Mareuil, la non-rectitude du tracé est évidente. Ses courbes apparaissent aussi sur les cartes de l’Institut Géographique National et sur les photos aériennes. A l’instar de Jean Mesqui, il nous est donc permis de supposer que ce chemin existait avant la Conquête romaine et qu’il assurait une liaison entre Meaux, chef-lieu de la peuplade gauloise des Meldes, et Troyes, chef-lieu de celle des Tricasses.
C’est d’ailleurs à cette « voie romaine » que notre commune doit son nom. En effet, il est probable que les plus anciennes formes de ce nom (Colummes ou Colunmes vers 1172) dérivent du latin columnae, colonne. Les voies romaines étaient bordées de colonnes miliaires, indiquant les distances en miles romains ou en lieues gauloises, comme aujourd’hui, nos modernes bornes les indiquent en kilomètres. Une de ces colonnes était vraisemblablement établie à cet endroit.
Aujourd’hui, habitants de Coulommes et d’ailleurs, qui passez Grande Rue ou Chemin Paré, pensez à ce qui se trouve sous vos pieds ou sous les roues de votre voiture: ici, avant vous, des gaulois ont marché, des cohortes romaines ont cheminé.
Didier LEBEGUE






➡️ Les nourrices de Coulommes

« L’an 1679, le vendredi 12 mai, est décédée en bas âge Margueritte GOLAIN fille de Gilbert GOLAIN serrurier demeurant à Paris Faubourg Saint Anthoine et de Margueritte BUFFER ses père et mère, ladite défunte étant en nourrice chez Messire Pierre Gutine, greffier de cette paroisse, laquelle a été inhumée ce jourd’hui samedi 13 dudit mois en présence dudit Gutine et de Charles Dervau notre clerc. »
C’est ainsi que Jean Rozé, alors curé de Coulommes, rapporte le décès et l’inhumation de Marguerite Golain dans le registre des Baptêmes, Mariages et Sépultures de la paroisse.
Sous une apparence anodine, cet acte, qu’aujourd’hui on qualifierait d’état civil, est, chronologiquement, l’un des premiers à nous révéler une activité qui prendra une grande importance dans notre village de la fin du 17° à celle du 19° siècle, celle de nourrice. En effet, pour cette période, c’est par dizaines qu’on peut relever de tels actes de décès de nourrissons dans les registres paroissiaux de Coulommes sous l’Ancien Régime (quand c’était le curé qui était chargé de les enregistrer), puis dans les registres d’état civil des communes après la révolution.Aujourd’hui, on appelle encore « nourrice » une femme qui exerce la profession d’assistante maternelle, mais le rôle n’est plus exactement le même: avant que la petite Marguerite Golain décède, l’épouse de Messire Pierre Gustine ne s’était pas contentée de prendre soin d’elle, elle l’avait allaitée. Pour cela, il fallait qu’elle ait elle-même accouché peu de temps auparavant. Le plus souvent, la nourrice allaitait alors et son propre enfant, et le nourrisson. Et si son enfant décédait en bas âge, comme cela arrivait souvent à l’époque, elle allaitait alors seulement le nourrisson qui lui était confié. C’est le cas par exemple de Marie Massé dont la fille, Marie-Anne, née le 3 septembre 1747, décède 2 jours plus tard. A une date inconnue, elle prend en nourrice Marie Michel qui décède chez elle le 13 avril 1748 à l’âge de 6 mois. C’est le cas aussi pour Marie Bussy dont le fils Maurice, né le 22 septembre 1747, décède le 21 mars 1748. Le 5 avril suivant, elle assiste à l’inhumation de la petite Marie-Louise-Victoire (1 mois), de Paris, qu’elle avait en nourrice.
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Les parents des enfants placés en nourrice à Coulommes vivaient en majorité à Paris (faubourgs Saint-Antoine, Saint-Germain et Saint-Martin, paroisses Saint-Sulpice et Saint-Nicolas-des-Champs, etc.), dans des villages qui seront plus tard absorbés par la capitale (Chaillot, Neuilly), dans sa banlieue proche (Vincennes, Fontenay, Montreuil sous Bois … ). Mais certains habitent dans les environs de Coulommes (Meaux, Boutigny, Montévrain, Bouleurs, Maisoncelles…). Beaucoup sont artisans (sculpteur, serrurier, cordonnier, orfèvre, tonnelier, maréchal ferrant, charron …), ou commerçants (on disait alors « marchands »: libraire, bonnetier, rôtisseur et cabaretier, boutonnier …), certains sont titulaires d’offices (huissier royal, officier du duc de Berry), et on compte aussi des jardiniers, des vignerons, un compagnon orfèvre, un compagnon maçon …
A Paris, l’activité des nourrices était très organisée et réglementée. Des « recommanderesses » rémunérées, étaient chargées de recruter les nourrices, de les héberger lorsqu’elles venaient prendre en charge un nourrisson, et de leur servir d’intermédiaire avec les parents pour le paiement des « honoraires ». Parfois, c’était un « meneur d’enfants » qui se chargeait de convoyer les bébés jusqu’à la paroisse de la nourrice, souvent dans des conditions déplorables. Certains nourrissons mourraient en route. C’est sans doute le cas du petit Louis Capitaine, fils d’un marchand bonnetier de la paroisse Saint-Etienne-du-Mont à Paris, qui décède, âgé de 8 jours, d’une violente colique chez Pierre Ducharne, cabaretier à Coulommes. Il est inhumé en présence de sa nourrice Jeanne Bouvier, demeurant à Vanry, paroisse de Jouarre, où, vraisemblablement, elle l’emmenait.
Les causes de décès des nourrissons étaient multiples. Aux 17° et 18° siècles, la mortalité infantile était très importante. On parle de la moitié des enfants mourant au cours le leur première année. Outre les maladies infectieuses endémiques ou épidémiques (tuberculose, grippe, choléra, rougeole …), les nourrissons pouvaient être victimes d’un manque d’hygiène général, d’habitations humides et enfumées, de la promiscuité avec des animaux, de la pollution (tas de fumier à proximité des maisons, puits contaminés …), d’accidents, de la négligence de la nourrice, voire de mauvais traitements. A Coulommes, l’âge moyen au jour du décès des nourrissons est de 5 mois, mais on note un décès à l’âge de 8 jours, un autre à 10 jours, d’autres encore à 15 jours. L’enfant le plus âgé décède à 18 mois.

D’une manière générale, il est rare que les registres paroissiaux d’avant la révolution et les registres d’état civil du 19° siècle mentionnent l’activité professionnelle des femmes.
De ce point de vue, les nourrices font exception, même si, parfois, seul le nom de leur époux, « le nourricier », est mentionné dans l’acte de décès du bébé. Beaucoup exercent sans doute elles-mêmes une activité en plus de celle de nourrice. On ne s’étonnera pas qu’elles soient de milieux modestes: épouses de vignerons (en 1689, Jeanne Bulne, épouse de Claude Gallois; en 1707, Madeleine Damriale, épouse de Jean Sautreau; en 1747, Françoise Potevin, épouse d’Antoine Dieu; etc.), épouses de manouvrier (c’est-à-dire ouvrier agricole: en 1709, Elisabeth Paulé, épouse d’Etienne Butel; en 1781, Marie Piédeloup, épouse de Jacques Lefevre; en 1792, Marguerite Lefevre, épouse d’Etienne Ancelin, etc.); épouse de domestique (en 1749, Marie-Louise Blutel, veuve de Denis Ofroy); épouse de vigneron et tailleur d’habits (en 1804, Marie-Anne Gallois, épouse de Fiacre Istar).

Vers le milieu du 19° siècle, les mentions de ces décès d’enfants en nourrice se raréfient, probablement parce qu’il en meurt moins grâce aux progrès de la médecine, mais aussi parce qu’il y en a moins à Coulommes, sans doute notamment en raison de la concurrence des nourrices morvandelles qui, elles, vivent au domicile des parents.
Une étude plus complète sur les nourrices de Coulommes est consultable sur Internet à cette adresse:
Didier Lebègue
➡️ L’extraordinaire destinée d’un habitant de Coulommes

Jean-Chrisostome Bécard, soldat de la Grande Armée.
Jean-Chrisostome Bécart naît à Coulommes le 8 mai 1785. Deuxième des trois enfants de Jean Bécard, maréchal ferrant, et de Marguerire Raoult, il est porté sur les fonts baptismaux par Denis Cholin, vigneron à Bouleurs et Marguerire Bécard de Boutigny.
Jean-Chrisostome sera maréchal ferrant, comme Jean, son père, comme Jean-Chrisostome son grand-père et Jean son arrière-grand-père. Celui-ci, originaire de Nesle le Répons dans la Marne, est venu se marier à Coulommes avec Madeleine Istace en 1721. Le 8 février 1804, pas encore âgé de 19 ans, Jean-Chrisostome Bécard épouse Marie-Thérèse Blanchard, 25 ans, fille de Denis Blanchard, vigneron (qui avait été le premier maire élu de Coulommes en 1790), et de Thérèse Pestail. Le 14 octobre de la même année, il déclare la naissance de son fils Jean-Denis (il porte les prénoms de ses deux grands-pères, Jean et Denis). A l’époque, notre homme et son épouse Marie-Thérèse habitent « rue du puits Fessial ». Le puits Fessial est le puits qui se trouve à la sortie de Coulommes en direction de Sancy et Vaucourtois. La « rue du puits Fessial » est donc l’actuelle rue Michon.
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En 1805, bien que marié et père de famille, il n’échappe pas à la conscription par tirage au sort. Le 26 novembre 1805, dans l’incapacité de payer un remplaçant pour accomplir son devoir à sa place, il quitte Coulommes et rejoint le 3° bataillon du 88° Régiment d’Infanterie de ligne, alors en dépôt à Strasbourg.Pourquoi l’infanterie plutôt que la cavalerie où son métier aurait été fort utile ?

Les archives ne le disent pas. Après une courte période d’instruction, il rejoint le reste de son régiment en Allemagne, où celui-ci vient de s’illustrer à la bataille d’Austerlitz. S’en suivent quelques mois de paix, avant qu’en septembre 1806, une nouvelle guerre éclate contre la Prusse.
Le 10 octobre 1806, le 5° Corps d’armée du maréchal Lannes, dont fait partie le 88° Régiment d’Infanterie de Jean-Chrisostome, bat les prussiens et les saxons à Saalfeld (Saxe), et quatre jours plus tard, participe à la victoire d’Iéna. Les troupes françaises investissent Berlin. Poussant son avantage, Napoléon fait entrer son armée dans la Pologne alors annexée par la Prusse, l’Autriche et la Russie.Le 26 décembre, à Pulstuck, les 18.000 hommes du 5° Corps d’armée du maréchal Lannes repoussent 45.000 soldats russes et prussiens dans des conditions épouvantables: froid, neige et boue jusqu’à mi-cuisse .

Jean-Chrisostome Bécard est alors déclaré « tué d’un coup de feu le 26 décembre 1806 à la bataille de Pulstuck en Pologne ». Le 20 juillet 1807, son beau-père, Denis Blanchard, requiert de la mairie de Coulommes la transcription de son acte de décès dans le registre d’état civil.
Mais, surprise, le 1er janvier 1808, le « mort » est déclaré « rentré des prisons de l’ennemi » par l’administration militaire. Que s’est-il passé ? Sans doute un corps couvert de boue et peut-être défiguré par une blessure a-t-il été reconnu par erreur sur le champ de bataille par un camarade, alors qu’en fait, notre homme avait été capturé par l’adversaire. Comme d’autres après la campagne de Russie, il a certainement marché vers la Sibérie dans les conditions qu’on ne peut qu’imaginer.
Fort heureusement, dans l’intervalle, Marie-Thérèse Blanchard, son épouse, ne s’est pas remariée.
Jean-Chrisostome est-il pour autant rendu aux siens et à la vie civile ? Pas du tout : le service militaire dû à la patrie lors de sa conscription est de 4 ans, et il devra l’effectuer jusqu’au bout. Il est réintégré au 88° Régiment d’Infanterie, alors cantonné à Breslau (Prusse). En septembre 1808, le 5° Corps d’Armée, maintenant commandé par Mortier, est envoyé en renfort … en Espagne ! L’armée française y est tenue en échec par une résistance acharnée, tant des armées espagnoles et anglo-portugaises que d’insurgés soutenus par la population. Arrivé en Espagne le 1er décembre 1808 (plus de 2.000 km à pieds, en 3 mois !), le régiment de Jean-Chrisostome participe, tout au long des années 1809, 1810 et 1811, à des opérations militaires dans tout le pays (Aragon, Léon, Asturies, Andalousie, Castille, Estremadure).
C’est au cours de la terrible bataille de La Albuera, le 16 mai 1811, que notre homme est blessé d’un coup de feu à la main droite. Déclaré impropre au service, il est « retraité » le 15 octobre 1811 et retrouve sa famille début novembre.
Estropié, il est dans l’incapacité de reprendre son métier de maréchal ferrant et se déclare dorénavant « cultivateur ». Membre de la Garde Nationale en 1831, conseiller municipal, il jouit avec son épouse d’une certaine aisance matérielle à la suite du partage des successions de son père et de son beau-père. Bien que revenu à la vie civile, il demeure solidaire des souffrances des soldats qui se battent en Crimée en 1855, et de ceux de l’armée d’Italie en 1859, en participant généreusement aux collectes organisées en leur faveur.
Décoré de la médaille de Sainte Hélène en novembre 1857, il meurt chez lui, rue Michon, le 24 septembre 1865, à l’âge de 80 ans, et entouré des siens.
Extraordinaire destinée que celle de cet homme qui a parcouru l’Europe à pieds, jusqu’aux confins de la Russie et de la péninsule ibérique, qui a combattu et assisté aux horreurs commises de part et d’autre en Espagne.
Le présent article doit l’essentiel de ses sources à l’article publié par M. Franck Beauclerc dans le bulletin « Coulomes et autres lieux voisins » n° 20 de novembre 2003.
Didier LEBEGUE
➡️ Jacques-Marie CAPY, ancien curé de Coulommes, victime des excès de la Révolution

Jacques-Marie CAPY naît le 9 novembre 1735 à Meaux, paroisse Saint-Christophe. Il est le fils de Claude-Charles CAPY, maître tonnelier, et Anne-Catherine-Faronne PUISIEUX, mariés le 23 novembre 1733 en l’église Saint-Christophe de Meaux.
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Il est le deuxième d’une fraterie de 5 garçons dont trois seront aussi maîtres tonneliers.

On ignore précisément ce qu’ont été la formation scolaire et l’éducation religieuse du jeune Jacques-Marie CAPY, mais il a vraisemblablement été préparé à la prêtrise au séminaire de Meaux, fondé en 1645 dans les locaux de l’ancien hôpital Jean ROSE.
On ignore également ce qui porte Jacques-Marie CAPY à cette vocation sacerdotale. On peut seulement supposer qu’il montre de bonnes dispositions intellectuelles pour être admis, et peut-être même incité à poursuivre ses études au-delà de ce que sa condition d’enfant d’artisan devrait lui permettre d’espérer.
Il est ordonné prêtre le 17 décembre 1763 dans la chapelle du séminaire de Meaux.
Saint-Jean-lès-Deux-Jumeaux.
Dès le 24 décembre, veille de Noël, il est reçu par Denis Claudin, curé de Saint-Jean-lès-Deux Jumeaux, pour y exercer en qualité de vicaire. Saint-Jean-Lès-Deux-Jumeaux est une paroisse riche, très étendue, comprenant de nombreux hameaux et populeuse (142 feux au dénombrement de 1759, c’est à dire environ 500 habitants), ce qui justifie qu’un vicaire assiste le curé.

Jacques-Marie CAPY a donc maintenant en charge les âmes des habitants de Saint-Jean, et il doit seconder le curé dans tous les aspects de son action spirituelle. Il est aussi chargé du catéchisme, il visite les malades, il administre les sacrements aux mourants, il participe à la messe dominicale et aux cérémonies importantes. Il officie à l’occasion des baptêmes, mariages et inhumations. En cette première année de sacerdoce, il fait plus que seconder le curé, puisque sur les 50 actes qui figurent dans les registres paroissiaux de Saint-Jean, il officie 43 fois et son curé 7 fois seulement. Il ne s’en plaint sans doute pas puisqu’il perçoit une rétribution, le casuel, pour chacune de ces cérémonies pour lesquelles il officie. En outre une rémunération fixe, la portion congrue, lui est versée par son curé et le chapitre cathédral. Fixée par édit royal à 150 livres, elle est relevée à 200 livres en 1768. De plus, la fabrique de l’église le rétribue pour les messes qu’il célèbre à l’occasion des anniversaires de décès des paroissiens.
Il reste en relation avec sa famille à Meaux, et participe aux événements qui la touchent. Ainsi, en 1768, il assiste comme témoin au mariage de son cousin Faron Saintin CAPY. et c’est lui qui officie le 24 novembre 1778 pour le mariage de son frère Louis-Denis avec Jeanne JAUVIN en l’église Saint-Christophe.
Vingt ans passent ainsi à Saint-Jean, cohabitation extrêmement longue entre Denis CLAUDIN et Jacques-Marie CAPY, signe d’une bonne entente entre les deux prêtres. Il signe pour la dernière fois un acte de baptême dans le registre paroissial de Saint-Jean, le 9 février 1783.
Coulommes.
Après avoir exercé son ministère pendant 27 ans à Coulommes, le curé Jean Simon MARLIN décède le 1er février 1783. C’est Jacques-Marie CAPY qui est désigné par l’évêque pour lui succéder.
Il accède enfin, à 48 ans, au statut de curé.
Le premier acte qu’il signe dans le registre paroissial de Coulommes est le baptême, le 17 février 1783, d’Adélaïde, fille d’André LE MAIRE, clerc paroissial et de Marie Marguerite MÉNAGER son épouse.
Coulommes n’est pas une paroisse aussi vaste, aussi peuplée et aussi prestigieuse que Saint-Jean-lès-Deux-Jumeaux. Paroisse rurale et agricole, sans aucun hameau ou écart, d’une superficie de 780 arpents, elle compte 84 feux, c’est-à-dire environ 300 habitants en 1779, dont quelques laboureurs, mais aussi de très nombreux vignerons. Le seigneur en est Antoine-François BOULA de Montgodefroy, aussi seigneur de Quincy, et propriétaire de la grande ferme qui domine à la fois le centre du village et sa vie sociale et économique.
La cure possède 16 parcelles (12,56 ha) dont la location rapporte 360 livres au curé. En outre, le locataire lui doit la jouissance de la luzerne d’une parcelle de 5 arpents (notre curé possède donc un cheval) et doit lui charrier tout le bois de chauffage dont il aura besoin. Ces deux dernières prestations estimées ensemble à 68 livres, c’est un revenu de 428 livres qui est ainsi assuré à Jacques-Marie CAPY.
Par ailleurs, il reçoit un tiers des dîmes de la paroisse (1.000 livres environ), dont le reste va au chapitre cathédral et à l’Hôtel Dieu de Meaux. En 1790, notre curé déclare avoir un revenu de 1.593 livres 93 sous.
Jacques-Marie CAPY habite le presbytère qui se trouve face à l’église. Il est récent, construit en 1729 à l’initiative et des deniers d’Alexis THURET, curé de Coulommes de 1727 à 1756. La vente de ce presbytère, en 1796, en donne la description:
«premièrement au principal corps de logis, composé d’un vestibule dans lequel se trouve escalier, à droite une salle à cheminée, à gauche une autre salle aussi à cheminée, attenant une cuisine, un four qui est par dehors; au premier étage trois pièces dont deux à feu et un cabinet; au-dessus deux greniers couverts en tuiles.
2è. attenant une grange de deux petites travées couverte en tuile dans laquelle il y a une écurie et un cellier.
3è. en retour un petit colombier aussi couvert en tuile avec toit à porc dessous.
4è. attenant au colombier un hangar couvert en paille.
5è. une cour dans laquelle est un cabinet d’aisance couvert en tuile.
6è. un jardin potager garni d’arbres en espalier.»
Hormis le fait qu’il est un des notables de la paroisse avec le notaire, le fermier de la ferme seigneuriale et les plus importants laboureurs, on ne sait rien de sa vie sociale et de ses relations avec ses paroissiens. Tout juste peut-on relever, par l’examen des registres paroissiaux, que pendant toute la durée de son ministère à Coulommes, il ne figure qu’une fois comme parrain, en décembre 1786, de Marie-Nicolas, fils d’Etienne JOURDIN, laboureur.
La Révolution.
Aucune archive publique ou privée ne permet de connaître l’opinion de Jacques-Marie CAPY et de ses paroissiens de Coulommes sur les événements politiques de 1788 et du début de 1789. On n’a pas connaissance de cahiers de doléances pour Coulommes, soit qu’ils n’aient pas été conservés, soit qu’il n’en ait pas été rédigé.
Rapidement, la révolution a des conséquences matérielles pour notre curé. Dans la nuit du 4 août 1789, l’abolition des privilèges par l’Assemblée Nationale Constituante, entraîne la suppression de la dîme et du casuel. Le 2 novembre 1789, l’Assemblée décrète que «les biens du clergé sont mis à la disposition de la Nation». A Coulommes, cela concerne l’église Saint-Laurent, qui devient édifice communal, mais aussi les biens fonciers de la cure (les terres et le presbytère), ceux de la fabrique (les terres et la maison d’école), et les terres des établissements religieux qui sont propriétaires sur la paroisse.
Le 14 décembre 1789, une loi municipale institue les communes, administrées par un corps municipal élu. A Coulommes, l’élection de la municipalité interviendra le 14 février 1790. Dorénavant, les réunions du conseil général de la commune se tiendront dans l’église Saint Laurent.
La Constitution civile du clergé.
Le 12 juillet 1790, l’Assemblée vote la loi sur la Constitution civile du clergé qui, en particulier, réforme l’organisation territoriale de l’Eglise et le mode de désignation de ses ministres: dorénavant, les limites du diocèse se confondent avec celles du département, et évêques comme curés sont désignés par élection et deviennent fonctionnaires publics rétribués par l’Etat.
Comme on peut s’y attendre, le pape et une majorité de l’épiscopat français manifestent une franche opposition à la Constitution civile du clergé. L’évêque de Meaux, signe et publie avec 118 de ses confrères un manifeste qui souligne l’incompétence de l’Assemblée constituante en matière spirituelle.
Le 6 février 1791, à l’issue de la messe paroissiale, conformément au décret d’application de la Constitution civile du clergé, Jacques-Marie CAPY se présente devant le conseil municipal de Coulommes en vue de prêter le serment à la Constitution: «Je n’ai jamais craint ni hésité de faire le serment qu’elle (l’Assemblée nationale) exigeait de moi, aussi, plein de confiance, de respect et de soumission pour ces décrets, je jure de veiller avec soin sur les fidèles qui me sont ou me seront confiés par l’Eglise, d’être fidèle à la Nation, à la loi et au roi, de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée et sanctionnée par le roi, en tout ce qui est de l’ordre politique, excepté par conséquent formellement les objets qui dépendent essentiellement de l’autorité spirituelle».
Si notre curé a bien repris le texte du serment exigé par l’Assemblée (en gras ci-dessus), il l’introduit par une formule d’apparente soumission mais le conclut par une restriction excluant toute immixtion du pouvoir civil dans les affaires spirituelles, et sans doute inspirée par la lettre des évêques évoquée plus haut. Il enfreint ainsi les dispositions d’un décret de l’Assemblée nationale qui prescrit que ce serment soit prêté purement et simplement, sans aucun préambule, explication ou restriction.
Sur les 761 prêtres que compte le nouveau diocèse, 239 refuseront de prêter ce serment ou, comme le curé CAPY, le prêteront avec restriction, et seront déclarés démissionnaires. On les qualifie de réfractaires ou insermentés.
Le 27 mai 1791, le Directoire du département ordonne le remplacement des curés réfractaires, qui, dès lors, en perdant leur cure et leur charge, vont également perdre le logement qui leur est attaché. Toutefois, le droit à une pension leur est reconnu. A Coulommes, c’est Elie-Nicolas DORIVAL qui est désigné le 12 juillet pour remplacer Jacques-Marie CAPY. Celui-ci quitte donc la paroisse.
Retour à Meaux.
Aucune archive ne permet de savoir ce que fait Jacques-Marie CAPY entre son départ de Coulommes en juillet 1791 et son arrestation en août 1792 à Meaux. Rien n’indique qu’il regagne Meaux, mais c’est probable, et c’est là qu’il sera arrêté. Maintenant dépourvu de fonction et de toit, il se tourne certainement vers sa famille. Au moins un de ses frères et un neveu sont toujours tonneliers à Meaux. Outre le soutien matériel et affectif des siens, il a pu venir y chercher le secours moral et spirituel de ses anciens confrères, une partie du clergé réfractaire de la ville et des alentours étant demeurée sur place.
Montée des crispations religieuses.
L’ancien évêque de Meaux, Camille de POLIGNAC a quitté la ville, mais il affirme ne pas avoir renoncé à ses fonctions. Il considère l’élection de Pierre THUIN au titre de «soi-disant évêque de Seine-et-Marne» comme nulle. Il se considère comme l’évêque légitime du diocèse et, à ce titre, il continue de diffuser des instructions aux curés ayant refusé le serment, ainsi qu’aux fidèles..
Troubles politiques et tension internationale.
La tentative de fuite, en juin 1791, de la famille royale et son arrestation à Varennes accréditent l’idée que le roi a voulu prendre la tête d’une contre-révolution avec l’appui de la noblesse émigrée et des puissances étrangères. L’Assemblée décrète la suspension du roi. L’idée de l’abolition de la monarchie constitutionnelle et de l’institution d’une république commence à faire son chemin.
Les souverains étrangers, et en particulier Léopold II, empereur d’Autriche et frère de la reine Marie-Antoinette, redoutent la contamination des idées révolutionnaires à leurs états. Léopold s’allie au roi de Prusse en février 1792. La noblesse émigrée, réfugiée notamment dans les principautés allemandes, espère rétablir ses privilèges par la force. Louis XVI voit dans une éventuelle intervention militaire étrangère la possibilité de restaurer son pouvoir absolu dans le royaume. Les plus radicaux des membres de l’Assemblée, à l’instar des sociétés populaires, sont favorables à la guerre.
Nouvelles pressions sur le clergé.
Le 27 mai 1792, les directoires départementaux obtiennent de l’Assemblée l’autorisation de déporter les prêtres réfractaires. Le 14 août, les prêtres, qu’ils soient constitutionnels ou réfractaires, doivent prêter un nouveau serment: « Je jure d’être fidèle à la nation et de maintenir la liberté et l’égalité ou de mourir en les défendant». Le 21 août, le conseil municipal de Meaux décide que, jusqu’à ce que la Convention ait rétabli le calme et la tranquillité publique, il ne sera plus accordé de passeports aux prêtres insermentés et réfractaires qui refuseront de prêter le serment civique. S’ils prêtent ce serment il ne leur sera délivré un passeport que du consentement du bureau permanent du Conseil général.
La patrie en danger.
L’entrée en guerre de la Prusse aux côtés de l’Autriche conduit l’Assemblée à proclamer «la patrie en danger» le 11 juillet. Le lendemain, l’Assemblée décrète la levée de plus de 85.000 volontaires pour compléter l’armée. Le 10 août, une insurrection éclate à Paris à l’instigation de la nouvelle Commune révolutionnaire, et attaque le palais des Tuileries. La famille royale se réfugie à l’Assemblée dont les membres votent la suspension du roi.
Le 19 août, autrichiens et prussiens pénètrent en France avec l’armée des émigrés. Longwy est prise le 23 août, Verdun le 29, tandis que Thionville et Lille sont bombardées.
Arrestations et emprisonnements à Meaux.
Entre le 23 et le 27 août, six prêtres réfractaires sont arrêtés par des « citoyens »: un ancien curé de Quincy et de Saint-Nicolas de Meaux, un ancien chapelain de la cathédrale de Meaux, un ancien vicaire de Quincy et curé de Ségy, un ancien curé de Villiers sur Morin, un ancien vicaire de Saint-Nicolas de Meaux et chapelain de l’Hôpital et un ancien curé d’Hautefeuile. Tous réfutent les accusations d’avoir «excité et fomenté des troubles en la ville de Meaux, mais ils sont incarcérés, tant par mesure de police, que pour «pour la plus grande sécurité de leurs personnes». Ils sont conduits à la prison établie dans l’ancien château des comtes de Champagne et attenante au tribunal et à la mairie.
Jacques-Marie CAPY est arrêté le 30 août 1792:
«A été amené devant nous, Jacques-Marie CAPY, prêtre, cy-devant curé de la paroisse de Coulommes, par une foule de citoyens; l’un d’eux, prenant la parole, a dit que non seulement il avait refusé de prêter son serment, mais que depuis qu’il avait quitté sa cure, il était constamment connu, pour avoir cherché à exciter du trouble dans cette ville sous prétexte de religion, avoir affiché ouvertement l’esprit de parti, diffamé les opérations des représentants du peuple.
Et après que ces faits ont été niés par le sieur CAPY, nous lui avons demandé s’il était dans l’intention de prêter le nouveau serment décrété par l’Assemblée nationale;
A répondu que non.
Sur quoi délibérant, ouï le procureur de la Commune, nous disons que le sieur CAPY refusant de prêter le serment nouveau sera mis provisoirement en état d’arrestation et conduit à la maison d’arrêt.»
Jacques-Marie CAPY rejoint donc ses anciens confrères à l’infirmerie de la prison.

Les massacres de septembre 1792 à Paris.
A Paris, naît une rumeur de complot contre-révolutionnaire, fomenté au sein des prisons par les royalistes arrêtés lors des événements du 10 août, et par des prêtres réfractaires, leurs codétenus. Cette psychose est alimentée par la campagne militaire austro-prussienne.
C’est dans cette atmosphère que les sections révolutionnaires parisiennes («Nous marchons à l’ennemi, mais nous ne laisserons pas derrière nous ces brigands pour égorger nos enfants et nos femmes»), votent la mise à mort des « conspirateurs ». Dans l’après-midi du 2 septembre, à la prison de l’Abbaye, 19 prêtres, jugés sommairement, sont exécutés séance tenante à coups de piques et de baïonnettes. Quelques heures plus tard, 115 prêtres sont exécutés de la même manière à la prison des Carmes. Les massacres se poursuivent ainsi les 2, 3 et 4 septembre dans les dépôts et les prisons de Paris, et font de 1.000 à 1.400 victimes, tant prêtres et aristocrates que prisonniers de droit commun.
La fureur gagne Meaux.
L’atmosphère déjà délétère parmi la population de Meaux depuis les arrestations de prêtres, devient explosive avec l’arrivée, le 4 septembre d’une division de gendarmerie en route vers la frontière, et dont certains membres semblent avoir participé aux tueries de Paris.
Les esprits s’échauffent et une foule composée d’habitants, de gendarmes et de certains membres de la garde nationale de Meaux, après avoir menacé des élus de la municipalité et des représentants du district, investissent la prison et finissent par en forcer les portes.
Le massacre.

La tension et l’excitation continuent de monter. Bientôt des émeutiers s’emparent des clefs de la prison, libèrent sept prisonniers de droit commun et investissent l’infirmerie. Ils contraignent les prêtres à gagner la cour du château où s’est amassée une foule de plus de 600 personnes, gendarmes, miliciens, ouvriers, bourgeois, derrière un cordon de gardes nationaux. Le premier prêtre à paraître est l’abbé DUCHESNE, ancien curé de Quincy. Un maçon, lui plante une pique dans le cou, avant que d’autres ne l’achèvent à coups de sabre, de bâton et de couteau.
L’abbé CAPY est à son tour poussé dans la cour. Il tente de s’élancer à travers le cordon de gardes, mais un porte-sac du Marché l’arrête d’un coup de sabre. Un autre lui transperce la poitrine de sa pique puis quatre autres émeutiers s’acharnent sur lui à coups de sabres et de piques. Les cinq autres prêtres sont à leur tour massacrés les uns après les autres, y compris l’abbé MEIGNEN, pourtant malade.
Inexplicablement, alors qu’ils en avaient libéré sept aux premières heures de l’émeute, les massacreurs tuent sept autres prisonniers de droit commun.
Epilogue.
Après que certains d’entre eux eurent décapité deux des prêtres massacrés, la foule promène leurs têtes au bout de piques dans les rues de Meaux. Le 5 septembre, tandis que les dépouilles des prêtres sont inhumées dans un petit jardin proche du Vieux Chapitre, la division de gendarmerie reprend la route d’Allemagne. Le 20 septembre, elle prendra part à la bataille de Valmy qui verra la première victoire des armées de la République.
Les événements qui secouent le pays entre la chute du roi le 10 août et ces massacres de septembre 1792, tant à Paris qu’à Meaux, préfigurent la Terreur révolutionnaire qui écrasera la France de l’été 1793 à l’été 1794.
Après plusieurs renversements de situation, un procès établit la culpabilité d’une douzaine de massacreurs de Meaux. Six d’entre eux ne purent être retrouvés, l’un mourut en prison, un autre fut condamné à 20 ans de fers et quatre furent guillotinés le 1er juin 1796 à Melun.
Didier Lebègue.
➡️ Les 3 dernières vendanges à Coulommes
Avec l’aimable autorisation de Monsieur Didier Lebègue, nous vous proposons de revivre en images, les trois dernières vendanges à Coulommes. Et oui!, il y a encore quelques années, il y avait des vignes dans notre village.
Nous vous invitons à lire ce superbe article sur l’histoire de la vigne, du vin et des vignerons entres les vallées de la Marne et des deux Morin.